|
Article
 |
 |
 |
Private%20Banking vom 25.09.2013 Leo Müller, 19367 signes |
 |
Article |
|
| |
| Le Luxembourg tire son épingle du jeu |
| |
| Naguère, le Luxembourg, le Liechtenstein et l’Autriche parlaient d’une seule voix pour ce qui touche au secret bancaire. Aujourd’hui, la bataille est engagée pour trouver la stratégie de place financière la plus efficace. Qui l’emportera? Le Grand-Duché paraît avoir une longueur d’avance. |
| |
En tant que centre financier leader dans le monde, notre rôle n’est pas de bouder dans notre coin, s’écriait le 10 avril le premier ministre Jean- Claude Juncker face aux parlementaires du Luxembourg. Nous sommes des milieux de terrain.»
En d’autres termes, le pays devait cesser de se lamenter sur le fait qu’il introduira en janvier 2015 l’échange automatique d’informations. Quand Jean-Claude Juncker quitta la tribune, le secret bancaire luxembourgeois appartenait déjà à l’histoire.
A l’instar du Luxembourg, le Liechtenstein et l’Autriche passaient pour les derniers Etats alliés dignes de foi de la Suisse dans la lutte pour le secret bancaire. Et l’alliance a volé en éclats. Le Luxembourg annonce son agenda et met du même coup la diplomatie suisse dans l’embarras. Depuis peu, le Liechtenstein livre des données bancaires sensibles aux Etats-Unis et fait ainsi un coup tordu aux banques suisses. Les Autrichiens basculent aussi, faisant ainsi de l’accord sur l’impôt libératoire un modèle caduc.
Au début de l’année, les stratèges bancaires suisses cogitaient encore en toute sérénité. Ils allaient continuer de négocier tranquillement, croyant pouvoir s’en remettre aux trois pays voisins dans le même cas. Or, la place financière suisse titube désormais d’une situation de crise à l’autre: vol de données, procédures pénales, échec des négociations. Le pays a des soucis.
Il vaut la peine de jeter un coup d’œil par-delà les frontières. Comment le Luxembourg gère-t-il le changement de paradigme? Comment s’y prend le Liechtenstein? Et l’Autriche? Que peut-on apprendre d’eux? L’offensive de Jean-Claude Juncker a pris la Suisse au dépourvu, tandis que chez lui son discours n’a pas suscité le trouble. «L’échange automatique d’informations est l’avenir du Grand-Duché», a réagi Ernst- Wilhelm Contzen, président de l’association des banques. Le pays allait redorer son blason.
Jeu à somme nulle Excursion dans la capitale des banques au beau milieu de l’Europe: le Luxembourg paraît arrivé au pinacle de la prospérité. La vie sociale, culturelle, gastronomique, tout semble aller pour le mieux. L’entrée est libre au concert d’été donné sur une place de la ville, le pays s’occupe bien de ses concitoyens. «Ces dernières décennies, nous avons réparti les profits de la place financière dans la population», assure un banquier avec un peu de mélancolie. Selon lui, on aurait dû mettre quelque chose de côté pour les moins bons jours, par exemple dans un fonds de l’Etat.
Les moins bons jours sont-ils en vue pour ce petit pays qui est un géant multimilliardaire de l’industrie des fonds? Ce tournant à 180 degrés va grandement toucher le système. Le ministre des Finances, Luc Frieden, entend même transmettre à l’étranger des données privées telles que salaires, pensions, revenus locatifs et primes d’assurance-vie. A partir de 2017, des données concernant les dividendes, les revenus du capital et les produits de licences seraient également échangées. Faut-il craindre une fuite massive des capitaux indigènes?
Les Luxembourgeois seront sans doute moins durement affectés que les Suisses. Par comparaison, depuis 2012, le nombre de banques étrangères en Suisse a baissé de 145 à 129. D’autres vont fermer ou se consolider. Selon les calculs de la Banque nationale, bon nombre d’établissements ont essuyé des pertes en 2012 et, considérées toutes ensemble, les 297 banques ont réalisé un profit de 200 millions de francs seulement. Vu les amendes qui menacent aux Etats-Unis, le jeu à somme nulle pourrait se poursuivre.
Tandis que la Suisse se lamente, le Luxembourg se prépare à la grande mutation. Le Grand-Duché est mieux préparé. Sa place financière vit avant tout d’une industrie des fonds qui ne cesse de croître. Les Luxembourgeois ne sont pas du genre nostalgique. «Ma foi, c’est comme ça», soupire Jean-Claude Juncker.
Changement de mentalité Aux yeux d’un Suisse, l’ambiance au Luxembourg est paradoxale. On n’entend nulle plainte quant à un excès de réglementation. Au contraire, le strict renforcement des règles de l’UE devrait procurer à la place financière une nouvelle croissance. Cette mentalité fait désormais partie de l’ADN des Luxembourgeois, depuis que l’UE s’est attachée à réguler les fonds il y a vingt-cinq ans. A l’époque, le Luxembourg avait âprement négocié avec Bruxelles, et s’était aussi préparé à fond en vue de la directive européenne attendue en intégrant presque immédiatement l’édifice réglementaire au droit luxembourgeois. Plus important encore: les Luxembourgeois ont instruit intensivement les investisseurs institutionnels d’outre-mer sur la façon d’atteindre le marché européen – par le Luxembourg interposé. Depuis lors, les directives européennes font partie intégrante de la pensée fondatrice du tissu politique local.
«Ces dernières années, j’ai travaillé avec acharnement à ce changement de mentalité, dit Luc Frieden. Il ne sert à rien de geindre à chaque nouvelle réglementation. A long terme, mieux vaut contribuer soi-même à l’élaboration des règles.» Et comme pour le «Swiss finish», Luc Frieden mise sur «un petit extra» quand les règles sont transposées dans le droit national. Avocat polyglotte, le ministre a étudié à la Sorbonne, à Cambridge, à la Harvard Law School et à la John F. Kennedy School of Government. Dans le pays, il passe pour le numéro 2 derrière Jean- Claude Juncker, même s’il n’atteint pas la popularité de ce dernier.
Et c’est dans ce contexte que les médias locaux ont mis en scène de manière festive une date, le 22 juillet 2013. C’est ce jour-là que la nouvelle directive AIFMD de l’UE a été transposée dans le droit national. Ce que la place financière suisse voit encore comme un acronyme mystérieux est considéré au Luxembourg comme le signal de départ pour des nouvelles affaires.
Pas de doute, le Luxembourg pense en termes de marché européen. «Nous nous voyons comme UE-onshore», explique Jean-Jacques Rommes, CEO de l’Association des banques et banquiers, Luxembourg (ABBL), typique banquier cosmopolite d’origine luxembourgeoise: études à l’étranger, réseau de relations étroit au Grand-Duché comme au sein de l’UE, grand défenseur des intérêts nationaux. Chez lui, aucune morosité. Il ne voit aucune dissension entre place financière et marché du travail: en 2014, il passera à la tête de l’union des entrepreneurs. Il vivra également un assainissement du marché: les très petites banques ne survivront pas à la pression réglementaire. «Mais on verra un plus grand nombre de banques arriver que celles qui fermeront», assure-t-il. Il va de soi que la bataille pour les bonnes affaires se fait plus dure: «Tout le monde veut la clientèle super riche.»
Des Chinois au Luxembourg Depuis peu, bon nombre de places financières ambitionnent les opérations de change sur le renminbi, la devise chinoise: Londres, Francfort, Paris et bien sûr Zurich. «Ils font tous la queue à Pékin, ils veulent tous faire des affaires avec le renminbi», commente Jean- Jacques Rommes. Les lobbyistes suisses de la finance y réfléchissent aussi mais la Commission de l’économie du Conseil des Etats veut encore en discuter.
Pour leur part, les Luxembourgeois agissent, ou plutôt ils négocient avec la Bank of China. «Nous avons de bonnes chances, estime Luc Frieden, car le Luxembourg est au beau milieu de la zone euro.» C’est ça qui intéresse les Chinois: les affaires sur le marché intérieur de l’UE. Arguments: il y a peu, la China Construction Bank a décroché une licence bancaire. Les énormes groupes financiers, ICBC et la Bank of China, ont depuis longtemps leur siège européen au Luxembourg. Et la plupart des gestionnaires d’actifs chinois s’établissent au Grand-Duché quand ils entendent pénétrer le marché européen.
Un brin de compassion
Dans les opérations sur les investissements collectifs, le Luxembourg a une longueur d’avance. «Ça marche comme sur des roulettes. Nous avons vingt-cinq ans d’avance», témoigne Anouk Agnes, directrice générale adjointe de l’Association luxembourgeoise de l’industrie des fonds (ALFI), en évoquant les rouages bien huilés à l’aide desquels l’autorité de surveillance, le gouvernement et l’industrie transposent les règles européennes dans le droit national. Anouk Agnes a son bureau dans le même complexe ultramoderne que Jean-Jacques Rommes. Elle fait état d’un passé étonnant: études à Paris, à Munich et à la London School of Economics, poste auprès de la Banque asiatique de développement à Manille et de Lux-Dev, l’agence luxembourgeoise pour la coopération au développement.
Anouk Agnes a longtemps travaillé au Ministère des finances, elle connaît les arcanes de la politique européenne, elle a participé à bien des rounds de négociations à Bruxelles. Elle parle des réglementations de l’UE comme s’il s’agissait de cadeaux. «Il ne sert à rien de se lamenter, dit-elle, il faut en tirer le meilleur parti.» Elle voit le potentiel de la directive sur les fonds UCITS et celui de la directive sur les hedge funds AIFMD, pas leurs coûts. «C’est cher, mais les règles sont les mêmes pour tout le monde.»
Réveil brutal pour le Liechtenstein Quand les Luxembourgeois parlent des Suisses, on sent un brin de compassion. Après tout, eux n’ont pas de banques pénalement poursuivies, ni en France, ni en Allemagne, ni aux Etats-Unis. Et ils sont convaincus que la Suisse pourrait s’en tirer mieux si elle était membre de l’UE. «Lorsqu’on siège à la table de négociations de l’UE, il n’y a pas de grands et petits pays, fait remarquer Luc Frieden. Sur pas mal de questions, nous jouons un rôle plus important que les grands Etats.»
Pas de doute: jusqu’ici le Luxembourg s’est sorti sans grand dommage du processus de changement de paradigme. Le pays agit intelligemment, il s’est réinventé et, au fil des évolutions, il fera partie des gagnants.
Changement de décor: Vaduz, capitale de la Principauté du Liechtenstein. Une petite place bancaire avec une grande activité fiduciaire. L’ambiance est différente, on évoque le bon vieux temps, il règne une certaine perplexité. L’activité fiduciaire a fait d’un pays agricole naguère endetté un mini-Etat libre de dettes. Un endroit où l’argent semble omniprésent. En tout cas, le Liechtenstein sert toujours de cadre à des comportements de nouveaux riches, comme le décrit l’historien Christoph Maria Merki: des comptables dans d’énormes 4x4, des propriétaires de villas Sam’suffit qui s’offrent des rêves de grandeur en y joignant des tourelles de décoration.
Les Liechtensteinois ont connu un réveil brutal en 2008 déjà, quand un collaborateur des archives, imposteur à ses heures, a détourné des CD de données auprès d’une filiale fiduciaire de la banque princière LGT pour les vendre à des services secrets. Aux Etats-Unis, ils ont donné lieu à un rapport du Sénat de 360 pages décrivant les cas exemplaires à coups de copies de documents accablants: un scénario du pire qui fait trembler les banques suisses. Pour le petit pays, c’en était trop: le prince régnant, le prince héritier, le prince dirigeant la banque LGT et le gouvernement qui leur est parfois soumis ont sonné l’heure du changement.
Les conséquences sont cruciales: durant l’année de crise 2008, les avoirs de clients dans les banques ont sombré de 19%. Et le profit du groupe LGT s’est effondré – aussi en raison de la crise, bien sûr. Depuis lors, le groupe se reprend. Avec 216 millions, il gagne à nouveau plus qu’autrefois et gère quelque 100 milliards d’avoirs de clients, soit autant qu’avant la crise.
Depuis 2009, le chef du gouvernement, Klaus Tschütscher, juriste et fiscaliste, a soumis le pays à un processus de renouvellement strict qui a surtout fait mal aux fiduciaires. Il a présenté un accord d’impôt libératoire avec la Grande-Bretagne, modèle pour les tentatives suisses ultérieures. A fin mars, 4500 situations financières particulières avaient été publiées et 523 millions de livres avaient migré vers le fisc britannique.
Les envoyés spéciaux de la principauté ont aussi discrètement négocié à Washington. Avec un certain succès: le 30 juillet, la semi-étatique Liechtensteinische Landesbank (LLB) a signé avec le Ministère américain de la justice un «non-prosecution agreement», un accord mettant fin aux poursuites. L’enjeu: une coopération complète et la livraison de données en échange de la renonciation à une plainte et d’une amende modérée de 22 millions de francs. La LLB a livré, vite et sans bruit. Avec pour conséquence une forte chute du profit, rien de plus.
Fiduciaires dans le collimateur
Il était clair que la bonne conduite du Liechtenstein allait affecter les banques suisses, et aussi les fiduciaires de la principauté. Après la LLB, ces dernières se sont aussi retrouvées dans le collimateur des enquêteurs américains et ont entrepris de livrer des données. Certaines d’entre elles ont actionné la Cour de justice de l’Etat. Les juges ont bloqué d’autres livraisons de données par les fiduciaires. Depuis, l’épée de Damoclès d’une plainte plane sur Vaduz.
Le nouveau gouvernement d’Adrian Hassler, en poste depuis mars, paraît vouloir ralentir un peu le processus. Il procède avec circonspection. Le peuple doit d’abord digérer le changement. Mais la situation reste confortable: le Liechtenstein bénéficie toujours d’un rating AAA. Pour l’historien Merki, depuis son adhésion à l’EEE, le pays a vécu un élan de croissance. «Ce fut une étape fondamentale, estime Adolf Real, président de l’association des banques. Face à un espace économique de ?500 millions d’habitants, nous ne pouvions pas simplement passer à côté.»
Le dense réseau d’accords avec le marché intérieur de l’UE procure des avantages, y compris pour le secteur financier. C’est ainsi que les prestataires de Vaduz courtisent désormais les gérants de fortune suisses pour établir par le biais du Liechtenstein un accès au marché européen.
Le coût: un recul des recettes fiscales, un programme d’économies en 2010. Et les économies se poursuivront. «Ce n’est qu’en cuisant aujourd’hui de petits gâteaux que nous pourrons encore cuire des gâteaux à l’avenir et répartir quelque chose», métaphorise le prince héritier Alois. Comparé aux pays industrialisés qui ne cuisent plus que des petits pains, c’est encore une situation luxueuse. Sans compter que, depuis 2012, les banques de la principauté attirent à nouveau de l’argent frais en quantités notables. En dépit de son vague à l’âme, le petit pays peut temporiser, il n’a toujours pas de dettes.
Capitulation de l’Autriche
Autre terrain de jeu: Vienne, la petite métropole bancaire et plaque tournante financière sur la voie de l’Orient. Longtemps, Vienne a concentré 80% des opérations bancaires de tout le pays, à l’écart du débat sur le secret bancaire. Ni Berlin, ni Paris, ni Washington n’ont ouvert l’œil quand la place financière est devenue la plateforme de tous les trafics d’argent d’Europe de l’Est et que les fortunes au noir ont été dissimulées à un jet de pierre de la frontière suisse, au Vorarlberg.
Tout au plus la ministre des Finances, Maria Fekter, a-t-elle attiré plusieurs fois l’attention, ces dernières années à Bruxelles, en oubliant les élégantes inflexions que l’on attend généralement de ses compatriotes. Surtout quand il était question de secret bancaire. Jusqu’à ce que celle que les médias zurichois qualifiaient de «dernière alliée», après la volte-face de Jean-Claude Juncker, ne capitule, elle aussi, subitement.
Maria Fekter est diplômée de la Faculté de commerce et a étudié l’économie et le droit à Linz avant de rejoindre l’activité familiale dans les graviers. Puis elle a poursuivi sa carrière dans les organes du parti ÖVP jusqu’à être nommée ministre en mai 2011. A ce poste, elle a irrité parfois par des déclarations désordonnées au plus chaud de la crise de la dette en Europe, quand se préparaient des opérations de sauvetage à Athènes et à Lisbonne. Les finesses des marchés financiers mondiaux ne semblaient pas être sa tasse de thé. «Loose lips», ironisait The Economist à propos de ses professions de foi.
Le grand débat, dans le pays, ne concerne pas les opérations offshore, accélérées à la fin des années 1980 par le gouvernement social- démocrate de Franz Vranitsky et qui ne représentent aujourd’hui qu’un volume de 50 milliards d’euros. Pour 57% des Autrichiens, le secret bancaire importe peu, a calculé l’Institut Gallup. Lorsqu’on parle de banques, de nos jours, la conversation tourne plutôt autour de la faillite de la banque Hypo Alpe Adria et de ses conséquences financières pour la collectivité publique. L’établissement était compromis jusqu’au cou dans des affaires de corruption avec des acteurs croates et bavarois, jusqu’à ce que l’Etat dût le fermer. L’addition finale n’est pas encore connue, mais politiquement c’est un désastre.
Trop de problèmes
«L’Hypo était d’importance systémique, la menace était énorme pour l’Autriche, pour les Balkans, pour l’UE et l’euro», plaide l’ex-ministre des Finances Josef Pröll. Tout comme les nombreux scandales de corruption autour des opérations de privatisation du ministre des Finances Karl-Heinz Grasser ou des opérations de Telekom Austria en Europe de l’Est. Pots-de-vin, financement illégal de parti, blanchiment d’argent: plusieurs politiciens sont accusés, certains déjà condamnés, comme les ex-collègues de feu Jörg Haider.
Dans l’activité domestique, le secret bancaire reste une vache sacrée, notamment du fait de l’existence d’une économie souterraine qui reste florissante. L’Autriche a d’autres problèmes, comme en témoignent de prestigieux économistes: pas assez de capital-risque, pas assez de start-up, une politique d’accueil lacunaire pour faire venir la main-d’œuvre nécessaire à l’économie, une culture de services insuffisante pour les managers immigrés. Les banquiers d’investissement d’UniCredit, du Crédit Agricole et de la Deutsche Bank ont quitté le pays. On n’accorde que peu de chances à Maria Fekter de retourner au fauteuil de ministre.
L’Autriche continue à bidouiller, le Liechtenstein se cherche une niche et la Suisse ne cesse de débattre. Seul le Luxembourg sait quelle voie il entend emprunter. Il maîtrise le grand tournant.
Private Banking vous interésse? Pour souscrire un abonnement, cliquez ici.
|
 |
| |
|
Keine Unternehmen zugeordnet.
|
Zurück |
|
|
|